Eutrophisation et capacité de restauration des lagunes

Résultats de l’étude RESTOLAG

 

La prise de conscience de la dégradation de la qualité des lagunes a abouti à la mise en œuvre d’actions visant à restaurer ces milieux afin d’atteindre le bon état au sens de la Directive Cadre sur l’Eau. D’après l’étude pilotée par l’Ifremer, les stocks sédimentaires en nutriments pourraient retarder cette restauration.

Figure 1: Vision sous-marine d’un herbier à Zostera marina dans l’étang de Bages-Sigean habritant un développement d’algues vertes caractéristique des phénomènes d’eutrophisation. (J.Oheix)

Eutrophisation et restauration des milieux lagunaires

Depuis les années 1960, les lagunes méditerranéennes sont particulièrement touchées par des phénomènes d’eutrophisation1 (éléments nutritifs2 en excès apportés en grande partie par l’activité humaine) qui modifient la structure (espèces présentes), le fonctionnement (relations entre les organismes) et les services que rendent ces écosystèmes. Depuis 2000, la Région Languedoc-Roussillon, l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse et l’Ifremer ont mis en place le Réseau de Suivi Lagunaire (RSL) afin d’évaluer et suivre l’évolution de l’état de 24 lagunes du Languedoc-Roussillon vis-à-vis de l’eutrophisation.Malgré la mise en oeuvre d’actions de gestion concrètes visant à réduire les apports en nutriments depuis une dizaine d’années, l’état de certaines lagunes n’est pas encore satisfaisant et le temps nécessaire à l’atteinte du bon état chimique et écologique dans l’ensemble des lagunes demeure inconnu. En effet, bien que celui dépende en grande partie des apports, les stocks d’azote et de phosphore accumulés dans les sédiments (fond des lagunes) des lagunes restent importants et retarderaient la restauration (phénomène d’hysteresis). Ainsi, le temps de restauration vis-à-vis de l’eutrophisation dépendrait aujourd’hui :

- des échanges de nutriments avec la mer (export d’azote et de phosphore)

- des espèces présentes qui peuvent utiliser l’azote et le phosphore et ainsi diminuer la quantité d’éléments nutritifs disponible (plantes marines : Zostera marina et Zostera noltii)

- du relargage sédimentaire qui remet des nutriments accumulés dans le passé à disposition

 

La restauration, un processus lent 

Le projet RESTOLAG (REStauration des écOsystèmes LAGunaire) soutenu par la Région Languedoc-Roussillon, l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse et l’Ifremer a pour objectif d’estimer, selon différentes hypothèses, le temps de restauration du compartiment sédimentaire des lagunes méditerranéennes.

Des prélèvements réalisés en avril, juillet et novembre 2012 ont permis de mesurer au laboratoire les échanges d’azote et de phosphore entre le sédiment et l’eau (Figure 2) dans plusieurs lagunes du Languedoc-Roussillon choisies le long du gradient d’eutrophisation (Ayrolle – état bon –, Bages-Sigean – état moyen – et Méjean – état mauvais –). Les résultats obtenus sont les premiers à permettre l’estimation des stocks sédimentaires3 et du temps de restauration du sédiment des lagunes méditerranéennes. En prenant en compte une exportation de matière faible caractéristique des lagunes, les temps de restauration des sédiments sont  variables selon les lagunes mais majoritairement longs notamment pour le phosphore. Néanmoins toutes les lagunes ne réagissent pas de la même façon à leur charge sédimentaire en nutriments selon leur profondeur, leur connexion avec la mer, leur morphologie, la présence ou non d’herbiers de phanérogames, etc.

  

Figure 2 : Système d’incubation pour la mesure des échanges entre le sédiment et l’eau. (V.Ouisse)

Quelles perspectives ?

Pour aller plus loin, il sera nécessaire de qualifier et de quantifier l’influence sur le temps de restauration (1) des apports actuels et futurs provenant du bassin versant, (2) de l’export vers la mer et (3) du rôle des successions écologiques4. La prise en compte de l’ensemble de ces paramètres permettra in fine de tester les conséquences des scénarios de gestion sur le temps de restauration et l’atteinte du bon état.

Définitions générales

1 Eutrophisation : Déséquilibre de l’écosystème en réponse à un excès d’azote et/ou de phosphore. Cela se traduit par un changement d’espèce avec un développement d’espèces opportunistes

2 Eléments nutritifs : Eléments nécessaire pour la croissance des organismes photosynthétiques (producteur primaire)

3 Stocks sédimentaires : Concentration d’azote et de phosphore dans le sédiment des lagunes

4 Successions écologiques : Changement d’espèce au cours du temps en réponse aux conditions environnementales (nutriments, lumière…)

 

  • Contact

Vincent Ouisse

Mail :Vincent.Ouisse@ifremer.fr

tel :04 99 57 32 83

Laboratoire Environnement Ressource – Languedoc-Roussillon

Bd Jean Monnet

BP 171

34203 Sète Cedex