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Des nouveautés sur la migration de la Daurade royale en Méditerranée

Une nouvelle étude publiée dans la revue Movement Ecology révèle que la Daurade Royale (Sparus aurata), espèce pêchée et emblématique de Méditerranée parcourt des distances bien plus importantes qu’on ne le pensait : si elles sont fidèles année après année à leurs lagunes du golfe du Lion pour s’alimenter, elles migrent toutes à l’automne et se réunissent au large de Marseille pour se reproduire, à l’exception de certaines qui rallient un second site encore inconnu localisé dans les eaux espagnoles. Cette nouvelle compréhension de l’écologie spatiale et de la connectivité de cette espèce exploitée révèle des enjeux cruciaux pour la gestion durable de son exploitation.

Entre 2019 et 2022, les scientifiques ont équipé 222 daurades royales de petits émetteurs acoustiques pour suivre leurs déplacements dans toute la Méditerranée. © Rémi Dermathon

Les Daurades sont fidèles à leur lagune pour leur alimentation et se reproduisent en grand nombre dans la zone côtière de Marseille

En Méditerranée, la daurade royale (Sparus aurata) migre au gré des saisons notamment pour se reproduire ou se nourrir. Malgré l’importance écologique et économique de cette espèce, ses « migrations de reproduction », une phase clé de son cycle de vie, restaient jusqu’à présent très mal connues.

Menée dans le cadre des projets CONNECT-MED [1] et RESMED [2], en partenariat avec toutes les aires marines protégées de la zone – notamment le Parc national des Calanques, le Parc marin de la Côte Bleue et le Parc naturel marin du golfe du Lion, cette étude s’appuie sur un dispositif exceptionnel de télémétrie[1] [3] acoustique mis en place : 222 daurades ont été suivies individuellement pendant trois ans (2019–2022) grâce à de petits émetteurs acoustiques, et plus de 180 récepteurs acoustiques sous-marins aussi appelés « stations d’écoutes », déployés de l’Espagne aux Calanques de Marseille, des lagunes jusqu’au large.

Au total, plus de 700 000 détections ont permis de retracer les déplacements de ces poissons sur près de 400 kilomètres de côte répartis sur les deux pays.

Ces nouveaux résultats confirment que la daurade royale adopte un rythme de vie saisonnier bien marqué à l’échelle de toutes les lagunes méditerranéennes.

Ce comportement se répète d’une année sur l’autre, signe d’une forte fidélité à leur site d’alimentation et de reproduction.

Parmi les sites clés identifiés, la zone côtière autour de Marseille, incluant le Parc national des Calanques et le Parc Marin de la Côte bleue, apparaît comme une zone de reproduction majeure du Golfe du Lion pour la daurade fortement ciblée à cette époque par la pêche plaisance et professionnelle.

Face à ce constat J. Bourjea chercheur à L’IFREMER précise qu’il faudrait par conséquent limiter les prélèvements dans cette zone de la région de Marseille lors de la période de reproduction par la mise en place d’une gestion réfléchie à partir de ces nouvelles connaissances.

Tenir compte de la connectivité des habitats…La gestion de la daurade royale ne se limite pas à un seul site en Méditerranée

Si le suivi des daurades de la lagune de Salses-Leucate, localisée dans le Parc naturel marin du golfe du Lion qui s’étend jusqu’à la frontière espagnole, a montré que les deux tiers d’entre elles rallient le site de reproduction de Marseille, les scientifiques ont été surpris d’observer qu’un tiers des daurades migre en sens inverse plein sud vers un autre site de reproduction situé dans les eaux espagnoles qui reste à identifier avec exactitude. Cette espèce étant également exploitée en Espagne, ces résultats soulignent le besoin de coordination entre les deux pays dans les processus de gestion des populations de cette espèce comme c’est le cas généralement pour d’autres populations partagées de grands pélagiques comme le thon rouge ou l’espadon.

En révélant les routes invisibles empruntées par la daurade royale, cette étude démontre aussi le potentiel des réseaux de télémétrie acoustique régionaux pour suivre la connectivité entre les sites au fil des saisons – cela reste essentiel,

 

Thambithurai, D., Hattab, T., Jacoby, D.M.P. et al. Movement patterns and connectivity of gilthead seabream (Sparus aurata) in the NW Mediterranean Sea. Mov Ecol 14, 10 (2026). https://doi.org/10.1186/s40462-025-00619-5  [4]

 

Jérôme Bourjea

Chercheur en biologie des pêches et de la conservation à l’Ifremer à Sète et responsable du projet Connect-Med.

Email : : [email protected] [5]


[1] [6] Ce dispositif permet d’enregistrer chaque passage d’un individu marqué à proximité d’un récepteur et de connaître ainsi sa position à une date précise.