Les RNR gérées par le syndicat mixte de la Camargue Gardoise ont réalisé la démarche d’adaptation selon le Guide Natur Adapt. Financées par la Région Occitanie, coordonnée par l’ANA CEN Ariège, les RNR du Scamandre et Mahistre et Musette ont réalisé un récit climatique sur leur échelle de territoire, identifié les vulnérabilités du patrimoine naturel au changement climatique et ont fait évoluer leurs objectifs et opération de gestion pour favoriser la robustesse de ces aires protégées.
Les résultats de Natur Adapt sont synthétiquement présents comme des grandes tendances de mise en récit. La première étape est le récit climatique reposant sur les données météo France : L’analyse de l’évolution récente (1960 à aujourd’hui) du climat sur les RNR (à l’échelle d’une maille de 64 km2) permet déjà d’observer l’augmentation des températures, tout comme celle de l’évapotranspiration potentielle (ETP). Certains indicateurs restent variables d’une année à l’autre, c’est le cas des précipitations. Le niveau marin augmente également à raison d’environ 2,5mm/an (modélisation depuis 1990). Pour la salinité, les données divergent selon les canaux : stable dans le canal de capette sud (≈ 0,4g/L) avec une légère tendance à la baisse. À l’horizon lointain (2071-2100) pour le scénario d’émission (RCP 8.5) les températures augmenteront en moyenne de +4°C (moyenne correspondant à la France métropolitaine). Les hivers seront très doux, avec une disparition du gel. L’été se réchauffera fortement, et les vagues de chaleur seront sévères (12 jours de chaleur consécutifs). Un décalage des températures de juillet à septembre est observé, suggérant le décalage de l’été sur le début de l’automne. L’ETP augmente sur toute l’année, mais plus fortement en automne (en lien avec le décalage saisonnier) ; en parallèle, la quantité des précipitations augmente en hiver. En été, cette quantité diminue et à cela s’ajoutent des périodes de sécheresse de plus en plus longues. Globalement les précipitations présentent une variabilité intra-annuelle.
Dans ce contexte les marais doux à saumâtres ont une forte vulnérabilité au changement climatique, notamment les roselières qui devront faire face à des assecs plus longs et surtout une salinisation des milieux. Cette salinisation notamment associée à la montée, inexorable à un horizon lointain 2100, du niveau de la mer et la diminution de la ressource en eau douce notamment en été apparait comme un des principaux vecteurs de changement pour les réserves. Le profil du patrimoine naturel se rapprochera davantage de celui aujourd’hui présent en littoral, favorisant ainsi les espèces des lagunes et les gazons amphibies. Les habitats terrestres herbacés et arborés des Réserves, intiment liés à la topographie des sites du fait de leur positionnement dans les points hauts sont eux aussi vulnérables avec le risque de banalisation des espèces par une extension du Tamaris, davantage concurrentiel face à l’eau saumâtre pour ses racines et moins sensible à la dessiccation. Enfin les marais temporaires Halophiles ont une vulnérabilité faible au changement climatique du fait de leur capacité de résilience aux assecs et à la salinisation. Pour autant un décalage du gradient d’habitats est possible, mais avec le risque là encore d’une banalisation avec des espèces intermédiaires (prés salés) moins concurrentes que d’autres (Salicorne).
La gestion des niveaux d’eau, aujourd’hui artificielle sur les réserves, mais aussi à l’échelle de l’ensemble de la Camargue Gardoise aura un impact direct sur ces tendances des effets du changement climatique. Or ce dernier va lui-même rendre plus complexe la gestion de l’eau, avec des besoins plus importants pour la gestion du patrimoine naturel, mais aussi des acteurs du territoire voisin, mais encore en amont, tout au long du cours du Rhône. Ainsi les besoins d’usages augmenteront quand la disponibilité diminuera. Ces vulnérabilités au climat sont d’autant plus prégnantes qu’elles se superposent à d’autres pressions elles aussi multiscalaires (pollution, coupure de connectivité, etc.). À l’intersection de ces phénomènes, les RNR feront aussi probablement face à la colonisation de nouvelles espèces plus généralistes, amenées par le changement climatique à un meilleur déploiement face à des espèces spécifiques fragilisées. Cela inclut la capacité concurrentielle des espèces, le niveau de bouleversement de la chaine trophique, ou encore les seuils climatiques entrainant la perte partielle ou totale de fonctionnalité des milieux. Ces constats offrent des pistes d’amélioration de connaissances, notamment sur les dimensions de fonctionnalité et de mesures abiotiques.
Ainsi pour la réserve de Mahistre et Musette, il a été choisi collectivement, une posture d’acceptation des effets du Changement climatique en accompagnant la transition des marais doux vers des marais saumâtres. Quant à la RNR de Scamandre la posture « résister » a été préférée, à court terme, dans un objectif de renforcer les Roselières. Cela consiste à orienter la gestion de l’eau de la manière la moins défavorable au maintien de la roselière, voire à son développement, quitte à ce que cette gestion soit moins favorable à des habitats plus salés. Dans une moindre mesure, conserver la possibilité d’intervenir mécaniquement sur zones colonisées par les germinations spontanées de tamaris participe aussi à cette résistance.
L’acceptation à long terme des effets du changement climatique sur le patrimoine naturel entraine des opérations autour de l’amélioration des connaissances et permettra de suivre ces évolutions. Si des seuils d’effondrement sont identifiés à court terme, l’acceptation sera nécessaire. À court terme, la posture « diriger » les effets du changement climatique est tout autant importante et porte sur l’ancrage territorial au sens large. Elle repose principalement sur l’accompagnement des acteurs afin de limiter les pressions anthropiques et de favoriser la résilience des milieux. Cela vise par exemple à faciliter et participer à la gouvernance de l’eau (douce) à l’échelle du territoire, dans un contexte de raréfaction de la ressource disponible.

- En savoir plus
Télécharger le Récit Climatique [1]
Télécharger le Diagnostic de Vulnérabilité et d’Opportunité au Changement Climatique [2]
Télécharger le Plan d’adaptation au changement climatique [3]
- Contacts
Jérémiah PETIT – 0671178613
Chef de service Gestion des Espaces Naturels
Conservateur de la RNR de Scamandre
Syndicat Mixte Camargue Gardoise
Lou DUMAINE – 0684413992
Chef de projet adaptation au changement climatique et Ancrage territorial
ANA-CEN Ariège

