Retour de la rencontre du 8 septembre 2026 à la DREAL Occitanie (Montpellier)


Comment mieux identifier, préserver et gérer les zones humides méditerranéennes qui accueillent le Phragmite aquatique lors de sa migration pré-nuptiale ? C’est l’un des enjeux conjoints au projet européen Life AWOM – Aquatic Warblers on the Move, et du Plan national d’actions (PNA) consacré à l’espèce.
Le Phragmite aquatique, passereau migrateur considéré comme l’un des plus menacés d’Europe continentale, a besoin d’un réseau de haltes migratoires suffisamment vaste et connecté pour accomplir son cycle de migration. Pendant cinq ans, le Life AWOM mobilise 14 structures dans cinq pays européens, afin de renforcer les connaissances sur ses routes migratoires et ses habitats, et mieux orienter les actions de conservation.
En France, la Tour du Valat contribue au projet Life AWOM 2025-2029 aux côtés de quatre autres partenaires, dont Bretagne Vivante, qui anime le Plan national d’actions (PNA) consacré à l’espèce.
Une journée pour croiser cartographie, observations de terrain et poursuivre la dynamique interrégionale
Le 8 septembre 2026, les acteurs de la conservation du Phragmite aquatique d’une vingtaine de structures, gestionnaires, scientifiques, institutionnels, se sont réunis à la DREAL Occitanie, en présentiel et en visioconférence, à l’invitation des DREAL Occitanie et PACA et dans le cadre du Comité technique interrégional Occitanie-PACA.
L’objectif : croiser les connaissances et préparer les prochaines étapes de la conservation du Phragmite aquatique sur le littoral méditerranéen.
La matinée a permis de présenter deux avancées majeures : une cartographie des habitats potentiellement favorables au Phragmite aquatique sur le pourtour méditerranéen et les premiers résultats du suivi de la migration prénuptiale réalisé en 2026.
L’après-midi a été consacré aux échanges autour de la future déclinaison interrégionale du PNA Phragmite aquatique en Occitanie et en PACA.
39 sites cartographiés, 154 800 ha d’habitats naturels étudiés et plus de 12 500 hectares d’habitats potentiellement favorables
Réalisé par Stéphane Debien, stagiaire à la Tour du Valat, le travail de cartographie avait pour objectif d’identifier les habitats susceptibles d’être utilisés par le Phragmite aquatique lors de ses haltes migratoires pré-nuptiales.
Son stage réalisé à Agde (34) dans les locaux de l’ADENA de mars à aout 2026, a été encadré par un collectif regroupant plusieurs structures : Bretagne Vivante, l’ADENA – RNN du Bagnas, la Tour du Valat et avec l’appui du Pôle-relais lagunes méditerranéennes.
Les données cartographiques de 42 sites ciblés ont été collectées auprès du réseau de gestionnaires, puis harmonisées selon la typologie européenne EUNIS. Une passerelle spécifique vers le référentiel d’évaluation écologique ACROLA a également été développée. Pour les sites ne disposant pas de cartographie locale, les données prédictives du programme national CarHab ont été mobilisées.

Vue d’ensemble des pré-cartographies réalisées par S. Debien
Au total, 39 sites ont pu être pré-cartographiés (voir présentation de S.Debien ci-dessous), représentant plus de 154 800 hectares d’habitats naturels, dont plus d’un tiers correspond à des surfaces en eau libre.

Exemple de pré-cartographie (RNN Estagnol)
Parmi cette vaste superficie, les habitats considérés comme les plus favorables représentent environ 12 %, soit près de 12 500 hectares. Ces résultats mettent en évidence un potentiel d’accueil important pour l’espèce sur le littoral méditerranéen.
Une cartographie à confronter au terrain
La cartographie constitue cependant un outil d’aide à la décision, et non une vérité définitive sur la qualité des habitats.
Les données disponibles sont en effet d’ancienneté et de précision variables : 28 % des sites avaient transmis une cartographie antérieure à 2011, 8 % une cartographie réalisée entre 2016 et 2019 et 64 % des données postérieures à 2020.
Une enquête menée auprès des gestionnaires a permis de confronter les cartes aux réalités de terrain. 54 % des répondants jugent la pré-cartographie globalement fiable, tandis que 85 % valident la pertinence écologique des zones identifiées comme présentant la plus forte favorabilité.
Les échanges ont néanmoins souligné l’importance d’une interprétation locale. La gestion des sites, les usages pastoraux ou cynégétiques, la dynamique de la végétation ou encore la période de réalisation des cartographies peuvent modifier fortement l’attractivité d’un habitat pour le Phragmite aquatique.
L’objectif est donc désormais de croiser systématiquement cartographie et observations de terrain, afin de cibler plus efficacement les futurs inventaires.
Une espèce encore trop peu intégrée dans les stratégies locales
L’enquête auprès des gestionnaires révèle également un enjeu important : malgré son statut, le Phragmite aquatique reste encore peu intégré aux stratégies locales de conservation.
Seuls 15 % des sites répondants l’intègrent actuellement dans leur Formulaire Standard de Données.
Parmi les principales menaces identifiées figurent notamment l’assèchement précoce des zones humides, cité par 61,5 % des répondants, ainsi que la prolifération des espèces exotiques envahissantes.
À l’inverse, un signal encourageant se dégage : 100 % des gestionnaires ayant répondu à l’enquête se déclarent intéressés par l’intégration à un réseau interrégional. Une dynamique qui pourrait permettre de mieux coordonner les actions à l’échelle du corridor méditerranéen.
Plus de 8 000 heures d’enregistrements pour détecter l’espèce
Autre temps fort de la journée : la présentation des premiers résultats du suivi de la migration prénuptiale 2026 par Julien Birard, chef de projet à la Tour du Valat, Mathurin Aubry du Groupe Ornithologique du Roussillon 66 et Thomas Dagonet, SMCG.
Pour mieux comprendre le passage du Phragmite aquatique en Méditerranée, une trentaine d’enregistreurs acoustiques ont été déployés entre le 7 avril et le 10 mai 2026, grâce à la mobilisation des gestionnaires, des bagueurs et des partenaires financiers.

Vue d’ensemble des suivis coordonnés par la Tour du Valat (J.Birard)
Au total, 32 enregistreurs ont été mis à disposition des gestionnaires qui en ont fait la demande. Chaque appareil enregistrait huit heures par jour, autour du lever et du coucher du soleil.
Résultat : plus de 8 000 heures d’enregistrements, qui seront analysées à l’aide de logiciels de reconnaissance des chants d’oiseaux, type BirdNET ou Chirpity, afin de détecter la présence de mâles chanteurs. Un premier test positif a déjà été obtenu à La Franqui, sur la commune de Leucate, avec Chirpity.
Cette méthode présente plusieurs avantages : elle limite le temps nécessaire sur le terrain, réduit le dérangement des oiseaux pendant une période sensible et peut être utilisée sur des sites où le baguage est difficile à mettre en œuvre, notamment en présence d’autres usages comme le pâturage.
L’objectif en 2027 sera d’optimiser l’analyse des données récoltées en 2026 et de poursuivre le déploiement du suivi acoustique au printemps 2027.
Acoustique et baguage : deux approches complémentaires
Les suivis par capture et baguage ont également été présentés pour plusieurs sites méditerranéens, notamment le Triangle du Pèbre en Camargue, Canet-en-Roussillon et le domaine du Canavérier. Des tentatives de capture ont également été menées en Corse, à la réserve naturelle de l’étang de Biguglia, sans résultat en 2026 (un individu a été capturé en 2021).
En savoir plus : La migration pré-nuptiale 2026, quelques nouveautés… [1]
Ces différentes méthodes apportent des informations complémentaires et contribuent progressivement à mieux comprendre les modalités de la migration prénuptiale du Phragmite aquatique en Méditerranée.
Vers un réseau méditerranéen de suivi
Les échanges ont ainsi permis de dégager plusieurs pistes pour poursuivre et renforcer la dynamique engagée en 2026 :
- poursuivre le déploiement d’enregistreurs sur les sites potentiellement favorables ;
- organiser en février 2027 un atelier consacré à l’utilisation de logiciels comme BirdNET pour optimiser la détection acoustique du Phragmite aquatique ;
- renforcer l’analyse des milliers d’heures d’enregistrements grâce notamment à l’appui d’un.e stagiaire à la Tour du Valat ;
- mobiliser de nouveaux bénévoles dans le cadre du réseau « Vol de nuit » ;
- identifier les besoins en matériel au sein du réseau de gestionnaires méditerranéens ;
- poursuivre la réflexion sur le calendrier des suivis, notamment à partir des premières captures réalisées en Espagne ;
- accompagner les gestionnaires dans l’interprétation des cartographies et leur utilisation pour orienter les actions de conservation.
Un livret illustré consacré aux habitats favorables au Phragmite aquatique sera également diffusé par Bretagne Vivante à la fin de l’année 2026.
Mieux connaître pour mieux protéger
La journée du 8 septembre confirme l’intérêt de croiser cartographie, suivi acoustique, baguage et expertise des gestionnaires pour mieux comprendre la migration du Phragmite aquatique sur le littoral méditerranéen.
L’enjeu est désormais de transformer ces connaissances en actions concrètes : identifier les sites stratégiques, comprendre les conditions qui favorisent les haltes migratoires et accompagner les gestionnaires vers des pratiques permettant de préserver durablement ces habitats.
La dynamique collective engagée dans le cadre du Life AWOM et du Plan national d’actions constitue un levier essentiel pour construire, à l’échelle de l’Occitanie et de la PACA, un réseau de haltes migratoires plus cohérent et résilient face aux évolutions climatiques.
Un grand merci à l’ensemble des participants, intervenants, gestionnaires, bagueurs et partenaires qui contribuent à améliorer les connaissances et la conservation du Phragmite aquatique en Méditerranée.
- En savoir plus
Compte-rendu de l’atelier du 8 septembre 2026 [2]
Consulter la présentation de S. Debien, stagiaire Tour du Valat [3]
Télécharger le mémoire de stage de S. Debien [4]
Les personnes qui souhaitent revisionner le webinaire peuvent nous en faire la demande (contact V.Mauclert si dessous).
- Contacts
Jocelyn Champagnon (Tour du Valat), [email protected] [5]
Julien Birard (Tour du Valat), [email protected] [6]
Virginie Mauclert (Pôle-relais lagunes méditerranéennes, Tour du Valat), [email protected] [7]