Un outil de sensibilisation des enfants dans le cadre du Life AWOM
Ce nouvel outil pédagogique invite les enfants à suivre, au fil des mois, les aventures d’un jeune Phragmite aquatique, depuis sa naissance en Pologne jusqu’à son retour l’année suivante, après un incroyable périple jusqu’en Afrique. Son idée est simple : faire découvrir l’aventure de la migration à hauteur d’oiseau et faire comprendre la nécessité de protéger un réseau de haltes migratoires de bonne qualité au bénéfice des oiseaux migrateurs.
À travers son « Carnet de voyage du Phragmite aquatique », l’oiseau raconte son parcours, les paysages traversés, mais aussi les dangers et les difficultés rencontrés en chemin. L’outil permet aux plus jeunes de découvrir la migration, les habitats fréquentés par l’espèce, ses ressources alimentaires, ses compagnons de route et le rôle essentiel des zones humides comme halte migratoire tout au long du parcours.
Gestionnaires, enseignants, associations d’éducation à l’environnement : chacun est invité à s’emparer de ce carnet, le diffuser et faire vivre aux enfants l’incroyable aventure de la migration, tout en les sensibilisant à la préservation des zones humides indispensables au voyage du Phragmite aquatique.
Cet outil a été coordonné par Wetlands International Europe, avec l’appui de l’association ACROLA, Bretagne vivante et la Tour du Valat, partenaires du projet LIFE AWOM[1].
Au stade argenté, l’anguille européenne cherche à rejoindre la mer des Sargasses pour aller se reproduire. Rejoindre la mer peut s’avérer être un véritable exploit, surtout lorsque l’anguille a grandi dans un marais ou un étang lagunaire.
Dans la continuité du projet COLAGANG I[2] (2021-2025, vidéos de présentation[3] et de restitution[4]), le projet COLAGANG II (2026-2030) a pour objectif de mieux appréhender la dynamique d’échappement de l’anguille européenne et les obstacles qu’elle peut rencontrer au sein de l’hydrosystème du Vaccarès, un vaste système lagunaire méditerranéen.
Cet objectif ambitieux nécessite la collaboration de multiples partenaires et le déploiement de moyens conséquents. Il est porté par la Tour du Valat (TDV), l’association Migrateurs Rhône Méditerranée (MRM), l’Office français de la biodiversité (OFB), et la Société nationale de protection de la nature (SNPN). Ce projet est principalement financé par l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse et la Compagnie nationale du Rhône.
À l’aide notamment de suivis en télémétrie RFID et acoustique, les déplacements d’anguilles argentées associées à des habitats d’eau douce ou saumâtre seront scrutés afin de déterminer les facteurs environnementaux impliqués dans le déclenchement de l’échappement, les voies de migration utilisées, et les potentiels obstacles rencontrés.
Contact
Delphine Nicolas
Chargée de recherche biologie de la conservation des poissons – Tour du Valat
Le projet FLUX est un programme scientifique financé depuis 2018 par l’Agence de l’eau et la Région Occitanie, mis en œuvre par le CEFREM dans la lagune de Bages-Sigean. Il a pour but de suivre deux étapes majeures du cycle de vie de l’anguille européenne (Anguilla anguilla) : l’entrée des civelles dans la lagune (recrutement) et la sortie des anguilles argentées vers la mer (échappement) pour rejoindre leur zone de reproduction située dans la mer des Sargasses. Ces deux suivis sont réalisés dans l’unique grau reliant la lagune à la mer.
Le suivi du recrutement des civelles repose sur l’utilisation de pièges passifs, appelés « flottangs », installés chaque saison du 1er octobre au 31 mars. En complément du suivi des effectifs, les caractéristiques biologiques (tailles, poids, stades pigmentaires) des civelles sont aussi relevées.
L’échappement des anguilles argentées est suivi chaque saison du 1er octobre au 30 avril à l’aide d’une caméra acoustique. Cette technologie non-invasive permet notamment d’observer les anguilles de nuit et dans des conditions de forte turbidité, lorsque les méthodes d’observations classiques sont difficiles, voire impossibles.
Ces deux suivis sont complétés par l’acquisition de paramètres hydro-climatiques (température, salinité, turbidité, précipitations, courant…). La mise en relation de ces données avec celles du recrutement et de l’échappement permet d’étudier l’influence des conditions hydro-climatiques sur le déterminisme des migrations de civelles et d’anguilles argentées.
Depuis le début du suivi, une forte variabilité interannuelle du recrutement des civelles et de l’échappement des anguilles argentées a été observée. La saison 2025–2026 se distingue notamment par le recrutement de civelles le plus élevé enregistré depuis le début du suivi, avec des captures par unité d’effort (CPUE) moyennes de 3 304 civelles par flottang. Cette valeur est environ cinq fois supérieure à celle mesurée en 2021–2022, qui constituait jusqu’alors le niveau de recrutement le plus élevé. A l’inverse, l’échappement des anguilles argentées atteint son niveau le plus faible depuis le début du suivi en 2025–2026 avec 2 503 anguilles.
Figure 1 : Captures par unité d’effort (CPUE), exprimées en nombre moyen de civelles capturées par flottang et par jour, au cours des huit saisons de suivi du recrutement. (A) Ensemble des observations. (B) Agrandissement des saisons 2018–2019 à 2025–2026.
Figure 2 : Echappement des anguilles argentées, exprimé en nombre d’anguilles par jour, au cours des huit saisons de suivi.
Les analyses menées dans le cadre de FLUX montrent que le recrutement des civelles est principalement concentré de mi-novembre à février. Il est plus important lorsque le débit de l’affluant principal de la lagune, la Berre, est élevé et que le courant dans le grau est dirigé vers la lagune. Les principaux pics d’échappement des anguilles argentées sont quant à eux observés entre octobre et décembre. Ces pics sont principalement associés à des conditions de turbidité, de température de l’eau et de débit de la Berre élevées.
Le projet FLUX est refinancé pour la période 2026-2029, afin de poursuivre et de renforcer ces suivis. L’acquisition de données supplémentaires permettra notamment d’alimenter les modèles utilisés dans le cadre de l’évaluation internationale du stock d’anguille européenne (WGEEL), pour laquelle des séries de données d’au moins 10 années sont nécessaires.
Contacts
Iona Le Gallou, Ingénieure d’études ([email protected][6]) ; Gaël Simon, Assistant Ingénieur ([email protected][7]) ; Elsa Amilhat, Ingénieure de recherches ([email protected][8]) ; Raphaël Lagarde, Maître de conférences ([email protected][9]) ; Elisabeth Faliex, Maître de conférences ([email protected][10]) ; CEFREM – CEntre de Formation et de Recherche sur les Environnements Méditerranéens, UMR 5110 CNRS – UPVD, Université de Perpignan
Résultats de l’État des lieux des enjeux piscicoles sur le territoire du SAGE Camargue Gardoise – Stage de Céline Bernard 2026
Ainsi, les travaux engagés en partenariat avec l’OFB, depuis 2019[12] sur la continuité écologique et l’accueil piscicole dans les marais littoraux ont été poursuivis de manière opérationnelle sur le territoire du Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SAGE) Camargue Gardoise.
Ce stage s’est appuyé sur les politiques publiques en vigueur et les besoins rapportés au travers :
de la disposition A3-1 du SAGE de la Camargue gardoise qui prévoit de « Réaliser un bilan des ressources piscicoles et évaluer l’impact des ouvrages mobiles sur la circulation piscicole »,
du plan national de gestion de l’anguille (règlement européen) et du plan de gestion des poissons migrateurs Rhône Méditerranée 2022-2027,
de la directive-cadre stratégie pour le milieu marin (indicateurs de pression « continuité terre-mer » pour le second cycle),
des actions intégrées au 4e Plan national d’actions en faveur des milieux humides (2022-2026) : « Connaître et évaluer le potentiel des milieux littoraux pour l’accueil des populations piscicoles comme l’anguille européenne » et « Bancariser les inventaires de zones humides et marais ».
Grâce à ce stage, la Camargue Gardoise constitue un territoire « pilote » de l’action du Life Biodiv’France portée par le CEN Occitanie (Pôle-relais lagunes méditerranéennes) visant plus d’accompagnement des acteurs de la gestion de l’eau sur l’intégration des enjeux piscicoles amphihalins dans les plans de gestion et règlements d’eau.
Principaux résultats du stage :
– Amélioration de la connaissance des peuplements piscicoles (cours d’eau et étangs de Camargue gardoise) à travers l’analyse de la bibliographie existante et de bases de données.
Les cours d’eau (Rhône, Vistre, Vidourle), marais, étangs et lagunes de Camargue gardoise constituent un habitat de croissance, de reproduction et de migration d’un cortège de 56 espèces marines, migratrices amphihalines (alternant entre la mer et les eaux douces), lagunaires et d’eau douce. La présence des migrateurs amphihalins que sont l’Alose feinte de Méditerranée (Alosa fallax) et l’Anguille d’Europe (Anguilla anguilla) est avérée sur le territoire, et supposée pour la Lamproie marine (Petromyzon marinus). Les populations de ces espèces sont en déclin ces dernières décennies et celles-ci figurent sur la liste rouge de l’UICN (UICN Comité Français, 2019).
Les données et suivis piscicoles sont très hétérogènes sur la zone d’étude. Seuls les cours d’eau et les étangs de Scamandre-Crey-Charnier ont fait l’objet d’inventaires scientifiques piscicoles. D’après les données récoltées sur les poissons dans le SAGE Camargue Gardoise, les espèces à préserver localement de manière prioritaire sont les 21 espèces protégées (convention de Berne, Directive Habitats Faune Flore, liste rouge UICN), les espèces présentes sur le Vistre et le canal du Rhône à Sète qui sont connectés à des secteurs de marais plus préservés (comme les marais de la tour Carbonnière), viennent ensuite toutes les espèces non introduites.
Les Espèces Exotiques Envahissantes sont davantage présentes dans le Vistre et le Vidourle (en particulier pseudorasbora, gambusie de l’Ouest, perche soleil) que dans le Rhône et le Petit Rhône.
[13][14]
Figure : Répartition des espèces selon leur statut et le site de suivi, en biomasse en haut et en effectif en bas, données 2024 et 2025
– Etat des habitats et du potentiel d’accueil piscicole sur le Scamandre Charnier
Les habitats pour les poissons sont menacés par les vagues de chaleur estivales, les périodes d’anoxie, la hausse du niveau de la mer entraînant une salinisation, l’introduction d’espèces exotiques envahissantes et la trop forte concentration en nutriments, sans oublier le manque de circulation hydraulique.
Le potentiel d’accueil piscicole, a été évalué sur le complexe d’étangs de Scamandre-Crey-Charnier à partir des données disponibles de l’ichtyofaune, du suivi de la qualité de l’eau et des macrophytes, mis en lien avec les besoins des espèces en présence. Le suivi de la température et de la salinité (Filmed[15]), croisé aux exigences des espèces présentes sur les étangs de Scamandre et Charnier a permis d’identifier :
les températures estivales comme limite au bon développement du brochet, de l’athérine et de la brême, mais aussi de l’anguille, du mulet et de la carpe lorsque la température dépasse 30°C. La reproduction de certaines espèces comme le brochet, les brêmes et la carpe semble limitée au début de saison pour l’ensemble de ces espèces à cause d’une température trop élevée,
la hausse de la salinité constatée ces 20 dernières années pourrait être un frein supplémentaire à la reproduction du brochet si elle se poursuit, les larves ne supportant pas plus de 7g/L.
Favoriser la circulation de l’eau permettrait de limiter les phénomènes de chauffe et de salinisation dans les Unités Hydrauliques Cohérentes les plus cloisonnées.
[16][17]
Figure : Croisement des températures sur l’étang du Charnier et les besoins de quelques espèces. Maxima de l’optimum de développement (à gauche), température et période de reproduction (à droite)
– Améliorer la connaissance du fonctionnement hydraulique d’un site encore peu exploré pour son potentiel d’accueil piscicole : le cas des marais de la Tour Carbonnière (Saint-Laurent-d’Aigouze)
Ces marais ont été ciblés, avec une levée d’informations sur les ouvrages hydrauliques et une caractérisation de ses unités hydrauliques cohérentes (selon la méthode nationale de délimitation des UHC). Cette étude a permis d’identifier 2 ouvrages à ajouter à la liste des ouvrages prioritaires du PLAGEPOMI Rhône-Méditerranée (Plan de Gestion des Poissons Migrateurs). Ces informations ont également permis d’enrichir et mettre à jour une fiche de synthèse qui rassemble l’ensemble des ouvrages hydrauliques bancarisés et des UHC délimitées à l’échelle de la Camargue gardoise.
Illustrations : Photo Tour Carbonnière crédit S. Baudouin SMCG. Figure : Ouvrages et Unités hydrauliques (UHC) du site de la Tour Carbonnière en connexion avec le Vieux Vistre (Zone d’Action Prioritaire Anguille dans le PLAGEPOMI). Source C. Bernard 2026
Conclusion
Le travail réalisé permet de dégager des pistes d’actions opérationnelles avec les parties prenantes du territoire, en termes de renforcement des inventaires piscicoles sur certains sites et de gestion des zones humides. Plusieurs acteurs de Camargue gardoise se sont montrés intéressés et volontaires pour la prise en compte de l’enjeu piscicole, qui vient en complément des nombreux autres enjeux liés à la gestion de l’eau.
Plusieurs perspectives d’actions se dégagent concernant la RNR de Mahistre et Musette, les Marais de la Tour Carbonnière, les étangs Scamandre-Crey-Charnier avec notamment un des principaux leviers d’action à disposition qui est d’améliorer la circulation de l’eau dans ces marais. En parallèle, l’appropriation d’outils pour le suivi de l’ouverture/fermeture des ouvrages hydrauliques (outil “Shiny” du CEN Occitanie/PRLM) par les gestionnaires d’espaces naturels sera à favoriser.
Source des textes : Bernard C. 2026. Etat des lieux des enjeux piscicoles sur le territoire du SAGE Camargue Gardoise (Mémoire de fin d’études d’ingénieur AgroParisTech). Palaiseau : AgroParisTech, 72p +annexes.
Retour de la rencontre du 8 septembre 2026 à la DREAL Occitanie (Montpellier)
Comment mieux identifier, préserver et gérer les zones humides méditerranéennes qui accueillent le Phragmite aquatique lors de sa migration pré-nuptiale ? C’est l’un des enjeux conjoints au projet européen Life AWOM – Aquatic Warblers on the Move, et du Plan national d’actions (PNA) consacré à l’espèce.
Le Phragmite aquatique, passereau migrateur considéré comme l’un des plus menacés d’Europe continentale, a besoin d’un réseau de haltes migratoires suffisamment vaste et connecté pour accomplir son cycle de migration. Pendant cinq ans, le Life AWOM mobilise 14 structures dans cinq pays européens, afin de renforcer les connaissances sur ses routes migratoires et ses habitats, et mieux orienter les actions de conservation.
En France, la Tour du Valat contribue au projet Life AWOM 2025-2029 aux côtés de quatre autres partenaires, dont Bretagne Vivante, qui anime le Plan national d’actions (PNA) consacré à l’espèce.
Une journée pour croiser cartographie, observations de terrain et poursuivre la dynamique interrégionale
Le 8 septembre 2026, les acteurs de la conservation du Phragmite aquatique d’une vingtaine de structures, gestionnaires, scientifiques, institutionnels, se sont réunis à la DREAL Occitanie, en présentiel et en visioconférence, à l’invitation des DREAL Occitanie et PACA et dans le cadre du Comité technique interrégional Occitanie-PACA.
L’objectif : croiser les connaissances et préparer les prochaines étapes de la conservation du Phragmite aquatique sur le littoral méditerranéen.
La matinée a permis de présenter deux avancées majeures : une cartographie des habitats potentiellement favorables au Phragmite aquatique sur le pourtour méditerranéen et les premiers résultats du suivi de la migration prénuptiale réalisé en 2026.
L’après-midi a été consacré aux échanges autour de la future déclinaison interrégionale du PNA Phragmite aquatique en Occitanie et en PACA.
39 sites cartographiés, 154 800 ha d’habitats naturels étudiés et plus de 12 500 hectares d’habitats potentiellement favorables
Réalisé par Stéphane Debien, stagiaire à la Tour du Valat, le travail de cartographie avait pour objectif d’identifier les habitats susceptibles d’être utilisés par le Phragmite aquatique lors de ses haltes migratoires pré-nuptiales.
Son stage réalisé à Agde (34) dans les locaux de l’ADENA de mars à aout 2026, a été encadré par un collectif regroupant plusieurs structures : Bretagne Vivante, l’ADENA – RNN du Bagnas, la Tour du Valat et avec l’appui du Pôle-relais lagunes méditerranéennes.
Les données cartographiques de 42 sites ciblés ont été collectées auprès du réseau de gestionnaires, puis harmonisées selon la typologie européenne EUNIS. Une passerelle spécifique vers le référentiel d’évaluation écologique ACROLA a également été développée. Pour les sites ne disposant pas de cartographie locale, les données prédictives du programme national CarHab ont été mobilisées.
Vue d’ensemble des pré-cartographies réalisées par S. Debien
Au total, 39 sites ont pu être pré-cartographiés (voir présentation de S.Debien ci-dessous), représentant plus de 154 800 hectares d’habitats naturels, dont plus d’un tiers correspond à des surfaces en eau libre.
Exemple de pré-cartographie (RNN Estagnol)
Parmi cette vaste superficie, les habitats considérés comme les plus favorables représentent environ 12 %, soit près de 12 500 hectares. Ces résultats mettent en évidence un potentiel d’accueil important pour l’espèce sur le littoral méditerranéen.
Une cartographie à confronter au terrain
La cartographie constitue cependant un outil d’aide à la décision, et non une vérité définitive sur la qualité des habitats.
Les données disponibles sont en effet d’ancienneté et de précision variables : 28 % des sites avaient transmis une cartographie antérieure à 2011, 8 % une cartographie réalisée entre 2016 et 2019 et 64 % des données postérieures à 2020.
Une enquête menée auprès des gestionnaires a permis de confronter les cartes aux réalités de terrain. 54 % des répondants jugent la pré-cartographie globalement fiable, tandis que 85 % valident la pertinence écologique des zones identifiées comme présentant la plus forte favorabilité.
Les échanges ont néanmoins souligné l’importance d’une interprétation locale. La gestion des sites, les usages pastoraux ou cynégétiques, la dynamique de la végétation ou encore la période de réalisation des cartographies peuvent modifier fortement l’attractivité d’un habitat pour le Phragmite aquatique.
L’objectif est donc désormais de croiser systématiquement cartographie et observations de terrain, afin de cibler plus efficacement les futurs inventaires.
Une espèce encore trop peu intégrée dans les stratégies locales
L’enquête auprès des gestionnaires révèle également un enjeu important : malgré son statut, le Phragmite aquatique reste encore peu intégré aux stratégies locales de conservation.
Seuls 15 % des sites répondants l’intègrent actuellement dans leur Formulaire Standard de Données.
Parmi les principales menaces identifiées figurent notamment l’assèchement précoce des zones humides, cité par 61,5 % des répondants, ainsi que la prolifération des espèces exotiques envahissantes.
À l’inverse, un signal encourageant se dégage : 100 % des gestionnaires ayant répondu à l’enquête se déclarent intéressés par l’intégration à un réseau interrégional. Une dynamique qui pourrait permettre de mieux coordonner les actions à l’échelle du corridor méditerranéen.
Plus de 8 000 heures d’enregistrements pour détecter l’espèce
Autre temps fort de la journée : la présentation des premiers résultats du suivi de la migration prénuptiale 2026 par Julien Birard, chef de projet à la Tour du Valat, Mathurin Aubry du Groupe Ornithologique du Roussillon 66 et Thomas Dagonet, SMCG.
Pour mieux comprendre le passage du Phragmite aquatique en Méditerranée, une trentaine d’enregistreurs acoustiques ont été déployés entre le 7 avril et le 10 mai 2026, grâce à la mobilisation des gestionnaires, des bagueurs et des partenaires financiers.
Vue d’ensemble des suivis coordonnés par la Tour du Valat (J.Birard)
Au total, 32 enregistreurs ont été mis à disposition des gestionnaires qui en ont fait la demande. Chaque appareil enregistrait huit heures par jour, autour du lever et du coucher du soleil.
Résultat : plus de 8 000 heures d’enregistrements, qui seront analysées à l’aide de logiciels de reconnaissance des chants d’oiseaux, type BirdNET ou Chirpity, afin de détecter la présence de mâles chanteurs. Un premier test positif a déjà été obtenu à La Franqui, sur la commune de Leucate, avec Chirpity.
Cette méthode présente plusieurs avantages : elle limite le temps nécessaire sur le terrain, réduit le dérangement des oiseaux pendant une période sensible et peut être utilisée sur des sites où le baguage est difficile à mettre en œuvre, notamment en présence d’autres usages comme le pâturage.
L’objectif en 2027 sera d’optimiser l’analyse des données récoltées en 2026 et de poursuivre le déploiement du suivi acoustique au printemps 2027.
Acoustique et baguage : deux approches complémentaires
Les suivis par capture et baguage ont également été présentés pour plusieurs sites méditerranéens, notamment le Triangle du Pèbre en Camargue, Canet-en-Roussillon et le domaine du Canavérier. Des tentatives de capture ont également été menées en Corse, à la réserve naturelle de l’étang de Biguglia, sans résultat en 2026 (un individu a été capturé en 2021).
Ces différentes méthodes apportent des informations complémentaires et contribuent progressivement à mieux comprendre les modalités de la migration prénuptiale du Phragmite aquatique en Méditerranée.
Vers un réseau méditerranéen de suivi
Les échanges ont ainsi permis de dégager plusieurs pistes pour poursuivre et renforcer la dynamique engagée en 2026 :
poursuivre le déploiement d’enregistreurs sur les sites potentiellement favorables ;
organiser en février 2027 un atelier consacré à l’utilisation de logiciels comme BirdNET pour optimiser la détection acoustique du Phragmite aquatique ;
renforcer l’analyse des milliers d’heures d’enregistrements grâce notamment à l’appui d’un.e stagiaire à la Tour du Valat ;
mobiliser de nouveaux bénévoles dans le cadre du réseau « Vol de nuit » ;
identifier les besoins en matériel au sein du réseau de gestionnaires méditerranéens ;
poursuivre la réflexion sur le calendrier des suivis, notamment à partir des premières captures réalisées en Espagne ;
accompagner les gestionnaires dans l’interprétation des cartographies et leur utilisation pour orienter les actions de conservation.
Un livret illustré consacré aux habitats favorables au Phragmite aquatique sera également diffusé par Bretagne Vivante à la fin de l’année 2026.
Mieux connaître pour mieux protéger
La journée du 8 septembre confirme l’intérêt de croiser cartographie, suivi acoustique, baguage et expertise des gestionnaires pour mieux comprendre la migration du Phragmite aquatique sur le littoral méditerranéen.
L’enjeu est désormais de transformer ces connaissances en actions concrètes : identifier les sites stratégiques, comprendre les conditions qui favorisent les haltes migratoires et accompagner les gestionnaires vers des pratiques permettant de préserver durablement ces habitats.
La dynamique collective engagée dans le cadre du Life AWOM et du Plan national d’actions constitue un levier essentiel pour construire, à l’échelle de l’Occitanie et de la PACA, un réseau de haltes migratoires plus cohérent et résilient face aux évolutions climatiques.
Un grand merci à l’ensemble des participants, intervenants, gestionnaires, bagueurs et partenaires qui contribuent à améliorer les connaissances et la conservation du Phragmite aquatique en Méditerranée.
Une première estimation nationale robuste de la surface des milieux humides
Il résulte d’un long travail financé par l’Office français de la biodiversité (OFB), entrepris dès 2019. Au lieu d’une compilation d’inventaires locaux ou régionaux de zones humides (avec des méthodes et des définitions plus ou moins compatibles, des dates différentes…), nous avons procédé par échantillonnage aléatoire d’un grand nombre de quadrats (env. 8 km²) répartis sur toute la métropole. Sur ceux-ci, l’analyse de données de télédétection a permis d’identifier les surfaces en milieux humides en 1990, 2005 et 2020, de façon rigoureusement homogène entre années et entre quadrats.
Un cinquième du territoire couvert par les milieux humides
Pour la 1e fois en métropole, on dispose donc de chiffres statistiquement robustes sur la surface actuelle en milieux humides, tant naturels qu’artificiels, et leurs tendances sur 1990-2020.
1/5e de l’hexagone est couvert de milieux humides en 2020, soit environ 11 millions d’hectares.
Plus précisément, en 2020, 17,2 % de l’Hexagone sont couverts de milieux humides naturels (+/- 2,6 %), et 3,2 % de milieux humides artificiels (+/- 0,9 %). Ainsi, 20,4 % de l’Hexagone sont couverts de milieux humides (+/- 2,8 %) (Figure 1). En 2020, cela équivaut à 94 454 km² de surfaces de l’Hexagone couverts de milieux humides naturels (+/- 14 307 km²), et 17 585 km² de milieux humides artificiels (+/- 4 844 km²) – soit 112 039 km² au total.
Il faut souligner qu’avec la méthode choisie, aucune carte de localisation précise des milieux humides existant en 1990, 2005 ou 2020 ne peut être produite : avec un échantillonnage aléatoire, seule leur surface totale peut être calculée.
Figure 1
Une régression des milieux humides entre 1990 et 2020
Entre 1990 et 2020, l’Hexagone a perdu 4,5 % de ses milieux humides (-5 233 km²). Cette tendance globale résulte de la conjonction de deux évolutions : perte de 5,7 % des milieux humides naturels existant en 1990, et gain de 2,9 % de milieux humides artificiels, ces 2 tendances n’étant cependant pas statistiquement significatives (Figure 2).
Figure 2
Sur ces 30 années, cela équivaut à une perte de 573 000 ha de milieux humides naturels et à un gain de 49 800 ha de milieux humides artificiels. La perte en milieux humides naturels représente l’équivalent de la surface d’un département français comme le Cantal ou l’Ardèche. Mais avec une dynamique telle que quantifiée, il faudrait soit un plus grand nombre de quadrats, soit 1-2 dates supplémentaires avec évolution persistante, pour obtenir des tendances statistiquement significatives.
Près de la moitié des milieux humides potentiels auraient disparu
Les tendances observées peuvent être comparées (Figure 3) à une référence-clé (carte de prélocalisation des milieux humides en France, Rapinel et al. 2023[35]), qui établit que 33,3 % de l’Hexagone auraient le potentiel d’être couverts d’habitats humides en l’absence d’intervention humaine. En 2020, la surface des milieux humides naturels restants de l’Hexagone, tels que nous les avons mesurés avec notre méthode, correspond à 52 % de la surface de ces milieux humides prélocalisés seuillés, ce qui suggère que près de la moitié de ces milieux (48 %) auraient été perdus depuis le début de l’impact majeur de l’Homme sur les paysages.
Figure 3
La notice méthodologique détaillée de cet indicateur est disponible sur demande.
*[38] Il est à noter que ce travail concerne exclusivement les milieux humides, ce qui en France correspond à la définition très large de la convention de Ramsar – alors que la définition légale des « zones » humides est en France beaucoup plus restrictive. Il n’existe en revanche pas de chiffres similaires à ceux de notre indicateur pour les zones humides au sens de la loi, autour desquelles se focalisent beaucoup d’enjeux récents avec le monde agricole notamment. ⮕ En savoir plus[39]
Dans la gueule du Lion : Des lagunes à la plage, partez à la découverte du littoral méditerranéen
Éditions Écologistes de l’Euzière, Ecolodoc – 2026
Et si l’on suivait le fil de l’eau, des lagunes à la mer, à la découverte des milieux qu’elle façonne et des espèces qui les peuplent ?
Et si l’on comprenait comment font les plantes de la sansouïre pour vivre au milieu du sel et celles des dunes pour pousser dans le sable ?
Et si on partait à la rencontre du Butor étoilé dissimulé parmi les roseaux, de l’Avocette élégante qui pêche sans se mouiller le ventre, de la Tortue caouanne venue pondre sur la plage ?
Et si, de coquillages en œufs de raie, on se lançait dans une récolte des laisses de mer ?
Autant de pistes d’explorations à piocher dans ce document pédagogique, à la fois savant et accessible à tous, foisonnant d’illustrations et d’idées d’activités.
Entrez avec nous dans la gueule du (golfe du) Lion : le littoral méditerranéen n’a pas fini de vous surprendre…
Destiné aux éducateurs nature comme aux familles et à tous les curieux de nature, l’Ecolodoc c’est :
Un contenu à la fois rigoureux et accessible, construit par des naturalistes et des pédagogues, pour mieux comprendre les spécificités et les enjeux des milieux littoraux et des espèces associées ;
De textes courts, toujours accompagnés d’une ou plusieurs illustrations ;
De superbes dessins couleurs de paysages, plantes et animaux au plus près du réel, et des croquis en noir et blanc pour mieux saisir les détails ;
Une foule d’idées d’activités et d’observations, pour mobiliser le savoir par la pratique et l’expérience de terrain ;
De l’humour enfin, parce qu’on apprend toujours mieux en s’amusant !
Ecological characterisation of peatlands and coastal lagoons in Europe – Knowledge Synthesis for Policy – Publications Office of the European Union, 2026
Un nouveau rapport du projet BioAgora propose une feuille de route scientifique pour évaluer, surveiller et restaurer les tourbières et les lagunes côtières d’Europe.
Les tourbières et les lagunes côtières comptent parmi les écosystèmes les plus précieux d’Europe, mais aussi les plus menacés. Bien qu’elles ne couvrent qu’une faible partie du territoire européen, elles apportent des avantages considérables : stockage du carbone, régulation des crues, purification de l’eau et maintien d’une riche biodiversité. Cependant, des décennies de drainage, de changement d’affectation des sols, de pollution et de changement climatique ont entraîné leur dégradation. Un nouveau rapport de synthèse des connaissances[43], élaboré par le Service scientifique pour la biodiversité dans le cadre du projet BioAgora[44], financé par l’UE, fournit désormais une solide base scientifique pour inverser cette tendance. Commandé par la Direction générale de l’environnement de la Commission européenne, ce rapport vient étayer plusieurs textes législatifs majeurs, notamment la directive « Habitats », la directive-cadre sur l’eau et le règlement sur la restauration de la nature.
CETINIC, K.A., PÉREZ-RUZAFA, Á., BOIX, D., CRAVO-LAUREAU, C., KLIMKOWSKA, A. et al., Ecological characterisation of peatlands and coastal lagoons in Europe – Knowledge Synthesis for Policy, BLASI, M., KORCHEVA, A., VASILAKOPOULOS, P. and VELASCO GOMEZ, D.M. (editors), Publications Office of the European Union, Luxembourg, 2026, https://data.europa.eu/doi/10.2760/9963649[45], JRC146927.
Les zones humides jouent un rôle essentiel dans le cycle de l’eau, stockent d’importantes quantités de carbone et contribuent à protéger les populations contre les événements climatiques extrêmes. Elles agissent comme des éponges en stockant temporairement l’eau puis en la restituant, participent à réguler les crues, à soutenir les débits d’étiage et à purifier l’eau.
Pourtant, l’urgence est là : ces écosystèmes disparaissent trois fois plus vite que les forêts, victimes de l’urbanisation, de la pollution et du changement climatique. En France, plus de 80 % des zones humides ont déjà disparu depuis le XVIIIe siècle. Face à cette érosion et aux pressions croissantes sur la ressource en eau (agriculture, industrie, consommation domestique), la préservation et la restauration de ces milieux sont devenues des priorités stratégiques, inscrites notamment dans les cadres de la convention de Ramsar et des compétences GEMAPI des collectivités.
Destinée aux gestionnaires d’espaces naturels, techniciens et décideurs, cette bibliographie thématique sélective sur les zones humides et la préservation de la ressource en eau a été constituée à partir du fonds documentaire du portail Doc’en CEN[47]. Elle propose un panel de ressources et de solutions opérationnelles pour accompagner les acteurs de terrain dans leurs missions de préservation et de gestion durable.
En savoir plus
RAYSSÉGUIER, Agnès ; Centre de Ressources Loire nature. 2026. Sélection de documents sur les zones humides et la préservation de la ressource en eau. Fédération des Conservatoires d’espaces naturels, 20 p. Consulter le document[48]
Regard sur l’eau en Provence-Alpes-Côte d’Azur – Édition 2026
Parution de l’édition 2026 de Regard sur l’eau en Provence-Alpes-Côte d’Azur, réalisée par l’ARBE dans le cadre de la mission d’Observatoire Régional de l’Eau et des Milieux Aquatiques (OREMA), avec le soutien de la Région Sud, de la DREAL, de l’OFB et de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse.
Cette publication réalisée en partenariat avec plusieurs acteurs de l’eau et des milieux aquatiques en région, invite à une sensibilisation générale et territorialisée des enjeux de l’eau en Provence-Alpes-Côte d’Azur, dans un contexte marqué par la montée en puissance des effets du changement climatique ces dernières années, afin d’aider les acteurs territoriaux à prendre des décisions éclairées pour leurs territoires.
Cette parution dresse un état des lieux de l’eau, des milieux aquatiques et de la biodiversité aquatique en 2026, ainsi que des pressions subies. Elle présente des réponses, notamment les politiques liées à l’eau et des exemples d’actions mises en œuvre en région.
Le Fonds MAIF pour le vivant, avec son partenaire le Fonds Nature 2050, lancent un appel à projets pour faire émerger et pérenniser des projets qui mettent en œuvre des Solutions fondées sur la Nature. Les projets lauréats seront intégrés au programme Nature 2050 et les effets de leurs actions de renaturation seront suivis sur le long terme. La contribution du Fonds MAIF pour le vivant va permettre d’accélérer le déploiement du programme Nature 2050 dans toute la France en soutenant des projets d’intérêt général, en faveur de la biodiversité et de l’adaptation des territoires aux changements climatiques.
A qui s’adresse l’appel à projet ?
Les porteurs de projets éligibles sont :
Des collectivités territoriales, établissements publics territoriaux, associations et ONG ;
En France hexagonale, en Guadeloupe, en Martinique, à La Réunion, Saint-Barthélemy ou Saint-Martin.
Les projets doivent déployer des Solutions fondées sur la Nature (SfN) en faveur de l’adaptation des territoires au changement climatique et agir pour la préservation de la biodiversité (désimperméabilisation des sols, création d’espaces naturels, plantation de vergers, reméandrage de cours d’eau, restauration de zone humide, transition agricole et forestière, renaturation d’espaces côtiers, etc.)
Lanouvelle Stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte[53](SNGITC) a été adoptée (décret n° 2026-803 du 20 août 2026[54]). Elle constitue désormais le cadre de référence pour anticiper, planifier et accompagner l’évolution du littoral face au changement climatique. Cette stratégie, consacrée par la loi Climat et Résilience, a été élaborée en concertation étroite avec les collectivités territoriales, le Conseil national de la mer et du littoral, la communauté scientifique, les associations et les acteurs socio-économiques concernés.
Avec 20 000 km de côtes, près de 950 communes littorales, et des phénomènes d’érosion et de submersion déjà à l’œuvre, l’évolution du trait de côte constitue un enjeu majeur d’aménagement, de sécurité et de résilience des territoires. La SNGITC révisée intègre pleinement la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC),[55] qui projette une élévation du niveau de la mer de près d’un mètre d’ici 100 ans.
L’ambition de cette nouvelle stratégie est claire : mieux connaître, mieux anticiper et mieux accompagner les territoires dans leurs décisions d’aménagement face à l’évolution du trait de côte. La priorité est désormais de passer à l’action, en accélérant l’élaboration et l’adoption des cartes locales d’évolution du trait de côte, indispensables pour permettre la pleine mise en œuvre des outils réglementaires prévus par la loi Climat et Résilience.
Outre l’expression de 8 recommandations à l’attention de l’ensemble des parties prenantes, cette stratégie s’articule autour de 5 axes, déclinés en 60 mesures opérationnelles :
Axe A – Approfondir et partager la connaissance
Axe B – Engager les territoires dans une trajectoire d’adaptation
Axe C – Mobiliser des outils d’adaptation
Axe D – Impliquer et sensibiliser les acteurs
Axe E – Financer l’adaptation des littoraux
La stratégie réaffirmée a été conçue pour répondre aux besoins concrets des collectivités littorales. Elle leur fournit :
un socle de connaissances fiables, actualisées et accessibles ;
des outils opérationnels (protocoles, référentiels, guides, plateformes) et un appui renforcé des opérateurs de l’Etat ;
une meilleure mobilisation des financements existants pour leurs études et projets ;
un cadre clair pour la planification, en cohérence avec les documents d’urbanisme, la Stratégie nationale pour la mer et le littoral (SNML) et le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC-3).
En complément de la stratégie nationale, l’État met à disposition deux nouveaux outils sur le site GéoLittoral[56].