Page mise à jour le 17/04/2018

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Présentation

Port des heures claires à Istres © P. Aguilar

Petits ports et villages provençaux, falaises de safre trouées d’habitats troglodytiques, garrigues et pinèdes, vastes espaces naturels classés Natura 2000, « petite Camargue » ou « Venise provençale », plages surveillées sous les palmiers, l’étang de Berre, d’une superficie de 155 km2 constitue l’une des plus grandes lagunes méditerranéennes d’Europe. 250 000 personnes vivent dans les dix communes de son pourtour.

C’est au 1er siècle av. J.-C. que les Romains creusent un canal qui relie l’étang de façon intermittente avec les eaux marines de la Méditerranée. De 1863 à 1910, le canal de Caronte est successivement approfondi à 6 mètres puis 9 mètres de profondeur. Il permet ainsi l’accès à l’étang de Berre des navires à fort tirant d’eau et par la suite, une liaison fluviale entre Marseille et le Rhône sera réalisée avec la création du tunnel du Rove.

Ces aménagements ont progressivement modifié les échanges d’eau de mer/eau saumâtre et fortement participé à l’établissement d’une salinité proche de celle de la mer dans la lagune.

La lagune de Berre est aussi une des lagunes les plus profondes : sa profondeur moyenne est de 6 m. Elle atteint une profondeur maximale de 9,5 m.

On peut séparer la lagune de Berre en trois masses d’eau distinctes : l’étang de Vaïne est situé au sud-est et est séparé du Grand étang par le haut fond de la pointe de Berre et par la piste de l’aéroport. L’étang de Bolmon est lui complètement séparé du grand étang par un cordon sableux de 7 kilomètres : le lido du Jaï ; au sud, il est délimité par le canal de navigation du Rove et par des zones humides. C’est une lagune peu profonde, d’une superficie de 578 hectares.

Situé à la périphérie de Vitrolles, Istres, Martigues et de grandes infrastructures comme l’aéroport de Marignane ou les industries pétrochimiques, l’étang de Berre a été pendant de nombreuses années une lagune sacrifiée au profit du seul développement industriel. Aux effets des apports croissants de pollution, s’est ajouté, à partir de 1966, la mise en service des usines hydroélectriques EDF de Salon et Saint-Chamas entraînant une perturbation radicale de l’écosystème lagunaire par l’apport massif d’eau douce et de limon en provenance de la Durance.

Activités

Au cœur de l’espace métropolitain d’Aix – Marseille, le pourtour de l’étang de Berre est un territoire historiquement industriel. Sa croissance démographique, forte depuis 1962, s’essouffle aujourd’hui. C’est un territoire en transition. Son modèle de développement semble être arrivé à la fin d’un cycle. L’appareil productif résiste tout de même mieux qu’ailleurs, grâce à son positionnement sur des secteurs de pointe tels que l’aéronautique. Mais les deux raffineries présentes sur l’étang de Berre ont pour l’une mis fin à son activité et pour l’autre en attente d’une reconversion en bioraffinerie.

Pêche professionnelle

Pêcheurs relevant leur filet
Pêcheurs relevant leur filet © P. Aguilar

La pêche est officiellement rétablie dans l’étang de Berre depuis l’adoption de la loi 94-114 du 10 janvier 1994 faisant suite à une limitation des rejets de la centrale EDF et à la réduction des apports polluants d’origine industrielle.

En 2018, la flottille de l’étang compte 63 navires, certains professionnels en possédant deux. Ces armements regroupent environ 70 personnes. La stratégie de pêche des professionnels de l’étang vise la polyvalence, utilisant plusieurs métiers en fonction des espèces cibles présentes dans la lagune. Celles-ci sont aujourd’hui le muge (Liza ramada, Mugil cephalus, Mugil Saliens et Liza Aurata), l’anguille (Anguilla anguilla), le loup (Dicentrarchus labrax), l’athérine (Atherina boyeri) et la daurade (Sparus aurata).

Les pêcheurs utilisent principalement deux types de filets :

  • la trabaque: filet à poste fixe en forme de nasse, plus spécialement destiné à l’anguille,
  • le filet maillant encerclant, posé sur de courtes durées, est l’arme de choix pour les captures massives de muges et de daurades.

Les témoignages des professionnels mettent en avant une évolution des pratiques avec un renforcement de l’activité sur les espèces nobles, loups, daurades et soles notamment. Ces témoignages soulignent également une forte pression de pêche de loisirs, reconnue par l’ensemble des acteurs locaux mais dont le niveau reste inconnu.

Une autre voie de diversification de l’exploitation des ressources marines est le développement de la conchyliculture.

Cultures marines

Si la conchyliculture est également une activité historique de l’étang de Berre, elle s’est déplacée vers l’anse de Carteau dans le golfe de Fos-sur-mer. Néanmoins, c’est à partir des naissains de moules de l’étang de Berre que sont alimentées les tables à moules à Carteau. Initiée en 2008 avec le classement en zone C de l’étang de Berre (contre D par défaut, auparavant) pour la collecte des moules, l’activité de collecte de coquillages connaît aujourd’hui une forte évolution ayant conduit les producteurs à demander l’installation de filières de captage de naissains de moules dans l’étang.

Depuis quelques années, on assiste au développement des coquillages fouisseurs sur la bordure côtière de l’étang de Berre, notamment les coques (Cerastoderma glaucum) et les palourdes (Ruditapes philippinarum). En 2017, l’étude de classement sanitaire des coquillages fouisseurs dans l’étang de Berre, réalisé dans le cadre d’un partenariat DDTM13/Ifremer/Gipreb a été finalisée. Elle a pu conclure à un état satisfaisant (classement B) permettant l’ouverture du gisement aux professionnels (ouverture effective le 1er février 2018).

Activités touristiques et de loisirs

Les améliorations obtenues sur la qualité sanitaire font que l’étang est devenu un lieu de vie privilégié pour les populations locales,  notamment en saison estivale, avec des activités nautiques et des plages aménagées. Il présente des atouts non négligeables pour attirer des touristes, à savoir un ensoleillement fort et régulier, la proximité de l’eau, une desserte efficace (aéroport de Marseille Provence à Marignane, gares TGV d’Aix à Vitrolles et Marseille, autoroutes A7 et A55).

L’étang de Berre possède 10 ports dédiés à la pêche et à la plaisance pour un total d’environ 1 500 places à flots. En 2017, la fréquentation globale des plages de l’étang de Berre est estimée à près de 600 000 personnes. Sur 15 plages ouvertes à la baignade, 13 sont classées en qualité excellente et 2 en qualité bonne.

Cependant, l’étang de Berre est loin de connaître la même fréquentation touristique que la Côte méditerranéenne (Côte bleue) ni même que l’arrière pays provençal. Il souffre d’une image négative qui nuit à son attractivité.

Agriculture

Paysage étonnant que celui de la plaine de Berre où le soleil se reflète sur les serres. Le département des Bouches-du-Rhône est le premier département producteur de fruits et légumes en France. La plaine de Berre est une des zones de production maraîchère la plus importante du département, même si les hectares qui y sont consacrés sont en continuelle baisse depuis 20 ans.

Chasse

L’activité de chasse sur l’étang de Berre se caractérise par la pratique de la chasse « maritime », chasse à la hutte vers l’étang faisant l’objet d’une autorisation de chasse sur le domaine public et par la pratique de la chasse au marais. Le nombre de hutte de chasse sur l’étang, indicateur de l’activité de chasse maritime, s’élevait à 98 en 2015. Environ 1 000 pratiquants sont inscrits dans les associations locales de chasse maritime.

Pour les 10 communes riveraines les domaines de chasse comptent aussi des terrains en collines sur lesquels pratique l’essentiel des adhérents.

Le bilan global des associations de chasse fait état de 2 138 adhérents pour l’année 2015 dont 515 pour ce qui concerne plus précisément les zones humides du pourtour de l’étang de Berre.

Activités industrielles

La CCI Marseille Provence qualifie le pourtour de l’étang de Berre de « territoire à enjeux ». En effet, pour maintenir l’emploi industriel sur ce territoire, touché notamment par la fermeture de la raffinerie LyondellBasell en 2014 et la transformation de celle de Total en 2016, la CCI a recensé 400 projets à mener d’ici à 2025 pour soutenir ce territoire, parmi lesquels quatre gros programmes : Jupiter 1000, Piicto, technocentre Henri-Fabre, bioraffinerie de Total.

Plage du Jaï
Plage du Jaï © M. Torres - l’Oeil Du Sud

Faune – Flore

Zone humide, l’étang de Berre est un site de repos et de nidification pour les oiseaux (plus de 250 espèces recensées) comme la plupart des lagunes. C’est l’un des fleurons de la biodiversité régionale. Cependant, c’est par l’absence de diversité de sa faune et de sa flore aquatique que l’étang de Berre est malheureusement connu.

Zostères © GIPREB

Ainsi les herbiers de zostères qui recouvraient les fonds de la lagune de Berre dans les années 1960 (6 000 hectares) ont régressé jusqu’à quasiment disparaître au début des années 2000 (1,2 hectares en 2009). Néanmoins depuis 2014, on observe un développement de l’espèce sur la bordure côtière dans l’étang de Vaïne et le long de la côte nord de l’étang de Berre (17,9 hectares en 2017). Les peuplements sont constitués de zostère naine. Ponctuellement des taches (quelques m²) de Zostera marina ont également été observées au cours des différentes prospections de terrain. Cette espèce qui était considérée comme disparue de l’étang de Berre semblerait avoir bénéficié de l’expérience de transplantation réalisée par le Gipreb en 2010. Ce qui n’a pas été le cas pour la zostère naine.

Cette progression est certes relativement importante mais les surfaces couvertes restent faibles par rapport aux objectifs du Gipreb à savoir un herbier continu de 0 à 3 m de fond à l’exception de la partie sud (Jaï) soit un recouvrement de 1 980 ha. La surface actuelle (17,9 ha) ne représente que 0,9 % de cet objectif. Vis-à-vis des objectifs de la Directive Cadre sur l’Eau, à savoir un recouvrement de 50 % des surfaces potentiellement colonisables par des espèces de référence (1 500 ha), l’écart est encore grand pour atteindre le bon état écologique.

 

Figure 1 : Cartographie des herbiers de zostères de l’étang de Berre en 2017 (en rouge), comparativement à 1966 et à l’objectif de recolonisation défini par le conseil scientifique du Gipreb.

Les chlorobiontes (algues vertes) sont toujours fortement présentes dans l’étang de Berre et est principalement représenté par les ulves (Ulva spp, principalement Ulva rigida). Cette abondance des ulves, algues nitrophiles, témoignent d’un étang encore fortement enrichi en azote.

Le groupe des rhodobiontes (algues rouges) est le plus représenté sur le pourtour de l’étang de Berre. Il est en augmentation depuis le début des années 2000. Il est principalement représenté par les gracilaires (Gracilaria spp.) et par les Callithamniae.

Le peuplement global de la macrofaune benthique de l’étang de Berre reste caractérisé par une richesse spécifique (27 espèces) et des densités faibles au regard des niveaux relevés dans d’autres lagunes littorales comparables telles que l’étang de Thau. Selon l’indice M-AMBI utilisé actuellement dans le cadre de la DCE et appliqué sur les résultats de l’Observatoire du milieu du Gipreb les peuplements sont classés de « mauvais » à « moyen » pour l’année 2017.

Les espèces appartiennent majoritairement à la biocénose lagunaire eurytherme euryhaline. Cet assemblage est essentiellement présent sur la bordure côtière et s’appauvrit vers le large, avec l’augmentation de la profondeur. Les espèces les plus représentées sont les Arcuatula senhousia, une espèce de moules introduites, les vers de vases (Nereis succinea) ainsi que les autres espèces de moules (Brachydontes marioni et Mytilus galloprovincialis). Les peuplements de la bordure côtière présentent une certaine stabilité dans le temps et sont moins exposés aux anoxies sévères que les peuplements du fond de l’étang. Si la moule chinoise (A. senhousia) reste toujours prédominante, les palourdes (Ruditapes philipinarum) et crustacés y sont bien représentés.

Mais il y a dans l’étang de Berre, près de Martigues, un petit jardin sous-marin : des espèces protégées de Méditerranée comme la Grande Nacre ou encore l’emblématique Hippocampe… C’est grâce à l’influence de l’eau marine que l’on retrouve ici une biodiversité aussi riche. Recensées de longue date dans le canal de Caronte, ces espèces témoignent que l’eau de mer, pauvre en nutriments et bien oxygénée, est une alliée puissante pour la biodiversité des lagunes. Le potentiel de recolonisation de l’étang de Berre est bien présent, les sources de larves existent et le potentiel de dissémination est bien réel car les courants sont souvent très forts dans ce secteur.

Problématique

Eutrophisation, stratification, voilà les causes des perturbations actuelles de l’écosystème de l’étang de Berre.

Dans l’étang de Berre, les apports en nutriments (azote, phosphore) sont importants et agissent à la faveur du phytoplancton présent. Lorsque ces apports sont trop importants, celui-ci va se développer de manière excessive. Ces proliférations représentent de fortes biomasses dont la décomposition par des bactéries induit un appauvrissement ou un épuisement en oxygène du milieu (hypoxies ou anoxies : très peu ou pas d’oxygène), voire l’émission de gaz toxiques tel que le sulfure d’hydrogène.Tant que l’oxygène peut diffuser depuis la surface, cette surconsommation va se limiter à provoquer une baisse d’oxygène dans les zones profondes. Cependant, les rejets de la centrale EDF de Saint-Chamas apportent de grandes quantités d’eau douce qui se confrontent aux entrées d’eau marine du canal de Caronte, favorisant la mise en place d’une stratification entre une couche d’eau de surface plus douce, et une couche de fond plus salée. Ces deux couches, à la densité très différente, ne se mélangent pas, ce qui limite la diffusion de l’oxygène depuis la surface vers le fond. Le manque d’oxygène en lagune constitue un stress pour la plupart des organismes vivants. Pour les moins mobiles (crabes, moules, …), ce stress lié à l’hypoxie croissante, augmente d’autant plus leur mortalité et in fine l’accumulation de matières organiques au fond de l’étang.

 

Carte satellite de l’étang de Berre (générée par le Gipreb à partir des données Copernicus Sentinel-2 traitées au niveau 2A par le CNES pour le centre de données THEIA) permettant d’illustrer certains phénomènes :

  • description des panaches des différentes arrivées d’eau douces chargées en matière en suspension.
  • remise en suspension de sédiments lors de coups de vent
  • structures hydrodynamiques particulières (du type tourbillon, jet côtier, etc…)

Source : Gipreb

Gestion

Poudrerie de St. Chamas
Poudrerie de St. Chamas © M. Torres - l’Oeil Du Sud

En 2010, le GIPREB (Groupement d’intérêt public pour la réhabilitation de l’étang de Berre) s’est  transformé en syndicat mixte, dont les membres sont le Conseil régional Provence-Alpes-Côte d’Azur, le Conseil départemental des Bouches du-Rhône, les 10 communes du pourtour de l’étang de Berre, la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône et la Chambre de commerce et d’industrie Marseille-Provence. Ce syndicat a pour objet l’amélioration de la qualité écologique des milieux aquatiques du complexe de l’étang de Berre. Les objectifs du Contrat d’étang de Berre, en cours de réalisation, trouvent leur origine dans le projet de développement durable soutenu par le GIPREB depuis sa création :

  • rétablir les caractéristiques d’une lagune méditerranéenne profonde
  • rétablir, voire développer, les usages actuellement contraints par la dégradation écologique des milieux.

Les acteurs locaux se sont ainsi dotés d’une structure opérationnelle en mesure de porter le Contrat d’étang, dont la signature officielle a eu lieu le 16 mai 2013. Pour assurer la pertinence et la pérennité de la démarche de réhabilitation, le Contrat prend en compte le bassin versant entier et associe chacune des démarches de gestion de l’eau déjà engagées sur ce territoire. La représentation au sein du Syndicat mixte, des structures de gestion de l’étang de Bolmon et des rivières du bassin versant, Arc, Cadière et Touloubre, ainsi que celle de la Durance, a créé des liens favorables à cette collaboration

Le Contrat d’étang permet la réalisation d’actions concrètes à moyen terme, insérée dans un processus de réhabilitation de l’étang à plus long terme. Ces actions ont pour objectifs : de diminuer certains apports polluants, de mieux comprendre le fonctionnement de l’étang, d’améliorer la gestion des rives et des zones humides périphériques, et de soutenir les usages. Les choix inscrits dans ce contrat visent notamment une nouvelle réduction des rejets de la centrale EDF de Saint-Chamas et la remise en circulation de l’eau dans le tunnel du Rove.

D’autre part, l’étang de Berre est lié par l’aménagement hydraulique à la Basse Durance et la Crau. Cela nécessite d’adopter une approche globale, à la fois territoriale et thématique des enjeux de l’eau du bassin versant, afin que ces territoires soient gérés ensemble.

Rédigé avec la contribution d’Elisabeth LE CORRE, GIPREB.

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Acteurs :

En savoir plus sur le site :

Site Internet du GIPREB

 

Film « Etang de Berre, en quête d’une lagune cachée », Film réalisé par Océanides, produit par le Pôle lagunes, Juin 2015