Après huit années d’actions visant à améliorer la trajectoire de l’état de conservation des habitats marins, dont les lagunes font partie, le projet Life Marha (2018–2025) se clôture. Pour les « Lagunes côtières » en Méditerranée, le Pôle lagunes a accompagné durant 8 années les gestionnaires et animateurs N2000 concrètement sur le terrain afin d’évaluer l’état de conservation de cet Habitat d’Intérêt Communautaire prioritaire (HIC *1150), en appliquant les indicateurs de la méthode nationale.
Les principaux résultats ont été présentés le 1er avril 2025 à Marseille, lors de la conférence de clôture.

Évaluation de l’état de conservation des « Lagunes côtières » d’intérêt communautaire (HIC 1150)* : un défi majeur, essentiel pour assurer une gestion durable de ces milieux fragiles
Un projet LIFE qui s’inscrit dans une dynamique existante
En 2011, en l’absence de méthode spécifique pour des éco-complexes tels que les lagunes, et face aux besoins des gestionnaires en matière de suivi de l’état de conservation des habitats d’intérêt communautaire, la DREAL Occitanie a sollicité le Pôle-relais lagunes méditerranéennes (PRLM) afin d’amorcer une réflexion méthodologique aux côtés du MNHN. Cette collaboration a abouti, en 2013, à une première méthode d’évaluation de l’habitat 1150 à l’échelle du site Natura 2000, testée sur les étangs palavasiens et Salses-Leucate en Occitanie. À l’échelle régionale, les gestionnaires de lagunes méditerranéennes ont alors souligné la difficulté d’évaluer l’état de conservation de cet habitat, en raison de la diversité de sa typologie. En effet, plusieurs déclinaisons hydro-écologiques peuvent être distinguées, allant des systèmes permanents aux temporaires, et des gradients euhalins à oligohalins. Par conséquent, les suivis effectués dans le cadre de la Directive Cadre sur l’Eau (DCE), considérant la lagune en tant que « masse d’eau de transition » se sont révélés utiles et complémentaires, mais ne permettaient pas de répondre pleinement aux exigences de la Directive Habitats Faune Flore (DHFF), notamment sur certains volets écologiques. En outre, les lagunes côtières de petite taille (inférieure à 30 ha comme en Corse) incluant de nombreuses lagunes temporaires, non prises en compte par la DCE, restaient insuffisamment étudiées. Moins connues et par conséquent moins bien cartographiées, ces unités nécessitaient encore une identification fine de l’habitat afin de permettre une évaluation écologique robuste.
Nos objectifs
Lors de la dernière évaluation à l’échelle biogéographique réalisée en 2018, l‘état de conservation de l’habitat 1150 « Lagunes côtières » a été jugé « défavorable-inadéquat », avec cependant une « tendance à l’amélioration entre les 2 rapportages (2012-2018) ».
Dans le cadre du projet Life Marha, le PRLM s’est donné pour objectif d’accompagner les gestionnaires et animateurs de sites Natura 2000 dans l’évaluation de l’état de conservation de ces écosystèmes, en appliquant la méthode nationale fondée sur 12 indicateurs, sur les sites Natura 2000 concernés. Ceci afin d’harmoniser les pratiques, renforcer la robustesse des suivis et améliorer la connaissance des lagunes à l’échelle de la façade méditerranéenne.
Retour sur les actions menées
Le projet Life Marha a permis de déployer, aux côtés des animateurs Natura 2000 et des DREAL concernées, la version 2 (finalisée en 2019) de la méthode d’évaluation. Afin de rendre cette méthode plus opérationnelle, pertinente et pragmatique, dans une démarche collaborative et itérative, un classeur technique a été élaboré en 2020. Cette évolution a conduit à une montée en compétence des gestionnaires, via l’organisation de sessions de formation : plus de 500 participants ont ainsi été formés.

Enfin, sur les grands sites les pièces d’eau à évaluer ont été priorisées en concertation avec les gestionnaires, selon des critères tels que leur accessibilité, leur représentativité à l’échelle du site Natura 2000 ou encore le niveau de connaissances disponibles sur certains secteurs.
L’approche de façade a été une réelle plus-value pour un déploiement efficace à large échelle avec des méthodes innovantes, standardisées et réplicables. Ainsi, il a été réalisé i) la première cartographie de l’habitat 1150* « Lagunes côtières », et selon une méthode homogène couvrant près de 86 000 ha à l’échelle de la façade méditerranéenne française avec 3281 lagunes identifiées dont 92 % d’entre elles sont permanentes (46 205 ha en région Paca, 36 080 ha en Occitanie et 3 281 ha en Corse) et ii) la cartographie de la surface des herbiers de 8 sites Natura 2000 en régions Occitanie et Paca par machine learning (il n’existait pas encore de méthode automatisée bâtie sur la télédétection des herbiers permettant d’évaluer leur surface au sein d’une lagune).
Sur 32 sites Natura 2000 en animation pour lesquels l’HIC prioritaire 1150* est présent, 21 sites ont pu mener une évaluation partielle ou totale. Parmi ces sites, l’effort de suivi des indicateurs a été important pour treize d’entre eux. D’autre part, dix d’entre eux ont obtenu une très bonne représentativité de l’habitat évalué sur le site en termes de diversité de la nature des lagunes temporaires et permanentes.

Zones spéciales de conservation des habitats en mer et en lagune (DHFF) localisées par rapport aux autres sites N2000, parcs nationaux, parcs naturels marins et régionaux.

Effort d’évaluation de l’EC de l’habitat 1150* (21 sites du réseau Natura 2000). Les termes « restreints » ou « très bons » ne constituent en aucun cas un jugement de valeur ; ils traduisent l’ampleur des moyens effectivement mobilisés sur la période considérée compte tenu des ressources disponibles.

Pourcentage de sites Natura 2000 qui ont déployé chaque indicateur (en dehors des suivis effectués dans le cadre de la DCE)
Les résultats d’évaluation à l’échelle du site Natura 2000 sont contrastés avec de nombreux indicateurs montrant un état altéré ou dégradé. Néanmoins un résultat positif majeur concerne l’indicateur 1 relatif à la surface de l’habitat. En effet, les travaux de la Tour du Valat basés sur la télédétection sur deux périodes successives de trois ans (2018-2020 et 2022-2024) (Guelmami et al en prepa), dont les hydro-périodes sont contrastées ont montré que la surface de l’habitat est restée stable, indiquant ainsi un bon état de conservation pour cet indicateur.

En conclusion, bien que certaines évaluations restent incomplètes par manque de temps et ou de moyens, elles permettent d’ores et déjà aux gestionnaires de prioriser leurs actions et d’adapter leur gestion à chaque secteur, en fonction de l’état de dégradation des lagunes et des pressions observées (e.g. concentration de polluants, impacts du changement climatique), dans un objectif général de gestion plus durable.
Bancarisation des données d’évaluation
Pour capitaliser sur ce huit années de collecte de données et d’acquisition de connaissances, l’ensemble des informations issues des évaluations menées dans le cadre du programme ont été centralisées dans une base de données de l’OFB servant à la fois pour leur traitement et leur diffusion. Ces données sont recensées sur le catalogue en ligne associé data.ofb.fr et une visualisation interactive, sous forme de cartographie dynamique des différents indicateurs suivis sur les trois régions, est disponible.
Tous les rapports d’évaluation des « Lagunes côtières » méditerranéennes produits sont consultables ici :
Bilan du projet Life Marha 2018-2025
Évaluer un état de conservation est scientifiquement compliqué, mais les bénéfices sont clairs : grâce à ce suivi nous avons pu renforcer considérablement les connaissances, notamment sur les lagunes non-DCE. Cette évaluation détaillée fondée sur 12 indicateurs est unique en son genre pour un Habitat d’Intérêt Communautaire aussi complexe et varié. Ceci représente une plus-value pour l’évaluation à l’échelle biogéographique. A ce titre, la publication des résultats du dernier rapportage (2019-2024), rapportée à la Communauté Européenne à l’été 2025 devrait avoir lieu prochainement.
Suite à une enquête auprès des gestionnaires et animateurs N2000 réalisée courant 2025, il résulte que 80% sont satisfaits et prêts à refaire l’évaluation. Cependant, un accompagnement technique et financier reste indispensable.
Perspectives
Le retour d’expérience du déploiement de la méthode nationale pendant le Life Marha, souligne la nécessité d’adapter davantage cette méthode à la diversité des typologies lagunaires. Certains indicateurs apparaissent en effet trop déclassants ou inadaptés aux lagunes temporaires ou de petite taille, notamment ceux issus des protocoles DCE. Les travaux récents (Ligorini et al., 2023 ; Malet et al., 2023 ; Penelle et al., 2025 ; Garrido et al., 2025) confirment la nécessité d’une révision raisonnée de certains outils et seuils d’évaluation. Les retours d’expérience issus des déploiements menés sur les lagunes méditerranéennes françaises ont constitué une base de réflexion collective qui a abouti à une note technique pour la future évolution de la méthode et de son classeur technique. Cette note fera l’objet de discussions avec l’UMS PatriNat et les groupes de travail concernés, afin de soutenir les déploiements futurs et d’alimenter une éventuelle révision de la méthode et du classeur technique pour une évaluation plus robuste de l’état de conservation des lagunes côtières méditerranéennes.
Afin de répondre aux besoins croissants des gestionnaires et pour conserver sa valeur opérationnelle il est essentiel que la cartographie centralisée continue à évoluer et à s’enrichir. Les gestionnaires expriment d’ailleurs une forte demande : ils ont besoin d’outils vivants, régulièrement actualisés, afin de poursuivre le suivi de l’évaluation au-delà du Life Marha.
Enfin, une actualisation des DOCOB et l’intégration de fiches actions spécifiques à cet HIC 1150* sont également recommandées afin d’assurer la cohérence entre les évaluations et la planification opérationnelle, tout en pérennisant les financements mobilisés.
Le Pôle-relais lagunes méditerranéennes remercie chaleureusement l’ensemble des gestionnaires et animateurs N2000 qui se sont lancés dans l’aventure Marha, l’équipe du Life Marha de l’Office Français de la Biodiversité, ainsi que tous les bénéficiaires associés et partenaires techniques et financiers ayant contribué au projet. Il souhaite souligner tout particulièrement l’implication des gestionnaires pour leur précieuse contribution à ce travail, ainsi que pour leur patience et assiduité dans la remontée de leurs données d’évaluation. La réussite de ce travail collaboratif repose avant tout sur leur précieuse implication.

